Jérôme Mendouga: Je n'ai jamais rien détourné

Publié le par Bobby

La déclaration intégrale faite le 18 janvier 2012 par l'ambassadeur devant le Tribunal de grande instance de Yaoundé pour se défendre de l'accusation de détournement d'environ 121 millions Fcfa pour laquelle il est poursuivi avec, comme complice, Jean-Marie Atangana Mebara.

 

Votre Honneur, Honorables Membres de la Collégialité !

Me voici devant votre Tribunal, inculpé de détournements de deniers publics d’un montant de $243.162,78 soit 121.581.180 F CFA. Cette somme a été utilisée à suppléer au paiement des dépenses de fonctionnement de notre Ambassade à Washington.
Rien à ma connaissance, n’avait interdit cette opération.
J’étais alors Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire, du Cameroun aux Etats-Unis d’Amérique, Chef de notre Mission Diplomatique, Représentant Personnel du Chef de l’Etat, investi de toute l’autorité nécessaire pour pouvoir assumer ses devoirs et responsabilités dans l’accomplissement des missions qui m’étaient assignées au service de notre Pays. 
En fait cette somme de 121.581.180 F CFA constituait une partie, le « reliquat » d’un crédit de 720 millions de FCFA  que le gouvernement m’a délégué en janvier/février 2004, par l’entremise du Percepteur de l’Ambassade, Monsieur François NGOUBENE. Effectivement le Percepteur m’a remis en deux chèques qu’il a établis en mon nom propre, un total de US $ 1.262.289,14. Ce reliquat de 121.581.180 F CFA représente ce qui reste du crédit global initial, lorsqu’en est soustraite la somme de US $ 1.019.126,78 que j’ai consacrée aux dépenses liées à l’avion pris en leasing de la Compagnie Boeing pour les déplacements du Chef de l’Etat, et qui a été baptisé «ALBATROS».
Le message-fax convoyant les fonds ainsi envoyés, adressé au Percepteur qui m’en a remis copie, et que je vous dépose comme pièce à conviction, porte notamment les phrases que je cite :
-1°) « Crédit destiné aux dépenses à effectuer par l’Ambassadeur sur indication de la Présidence de la République » et,
-2°) « Vous en autorise utilisation en attendant arrivée titre autorisation de dépense correspondant ». 
S’agissant de la première phrase, il y a lieu de noter que le mot « indication » est écrit au singulier. Que veut-il dire exactement dans ce cadre ? Se rapporte-t-il au crédit, à l’envoi du crédit, à l’utilisation dudit crédit par l’Ambassadeur, ou bien tout à la fois au crédit, à l’envoi et à l’utilisation dudit crédit par l’Ambassadeur ? Laissons d’abord ces interrogations et analyses à l’exégèse ou à l’alchimie. Mais notons que l’objet du crédit n’est pas précisé.
Le fait constant est, quelle que soit la réponse à ces interrogations, que, en ce qui me concerne, je n’ai reçu ni instruction, ni indication spécifique quant à l’utilisation dudit crédit, et ce à aucun moment, ni avant, ni après, ni au moment de la réception des fonds.
Quant à la deuxième phrase, concernant l’autorisation de faire usage des fonds en question, il s’agit en effet d’une notification que lesdits fonds sont formellement libérés et bons pour être utilisés.

Votre Honneur, Honorables Membres de la Collégialité !

D’entrée de jeu je le dis haut et fort:
Je n’ai pas, je n’ai jamais détourné d’aucune manière que ce soit, ni un seul centime de cet argent, ni un seul centime appartenant à l’Etat.
Permettez-moi de vous le dire :
Il n’y a pas une seule fois depuis plus de trois ans que dure cette procédure, où je puisse entendre mon nom associé à une telle accusation, sans éprouver un choc, un frémissement jusqu’au plus profond de moi-même, tant il est que je ne peux jamais en ce qui me concerne imaginer, supporter et encore moins accepter une telle énormité, même si elle n’était mentionnée que comme une simple possibilité.
Et ce choc, ce frémissement ne cesseront jamais.


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité,
         
Permettez-moi, bien qu’il soit toujours difficile et plutôt haïssable pour moi de parler de soi, que je me présente un peu à vous, par rapport à ce qui peut nourrir et affermir votre appréciation de cette affaire.
A la suite de cela, je me propose, en un premier point, de rafraîchir la mémoire en situant les contours de la fonction d’Ambassadeur que j’ai eu à exercer. Je voudrais en un deuxième point, donner le descriptif du crédit que j’ai reçu en ce qui est de ses caractéristiques et des circonstances prévalant alors, non pas tant en ce qu’on appellerait « ma » version, mais dans la vérité des faits, vérité têtue et infalsifiable, vérité ni contestée, ni contestable, ni démentie par quelque témoin que ce soit dans cette procédure, vérité qui est vérité quelles que soient l’option ou la manière dans laquelle elle est exprimée. Je terminerai en un dernier point par une petite discussion et une analyse sommaire de quelques éléments de l’accusation selon l’ordonnance de mon renvoi devant vous.
Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
J’ai déjà eu à le décliner un certain nombre de fois : je suis né le 15 août 1938 à EKYE, quartier de l’Arrondissement de Yaoundé IV. C’est cet arrondissement qui abrite ma résidence actuelle : la Prison Centrale de Kondengui.
Je suis donc un autochtone de la ville de Yaoundé, un patriarche dans nos traditions MVOG-BELINGA chez les BENE, avec tout ce que cela comporte, en pays BETI tout au moins…
J’ai effectivement en âge, en ce mercredi 18 janvier de l’an 2012, jour pour jour : 73 ans révolus, 5 mois et 3  jours, soit 158 jours dans ma 74ème année.
Mon père, planteur et catéchiste de son état, est mort quelques trois ou quatre ans après ma naissance. Si je le rencontrais aujourd’hui, je ne le reconnaitrais pas : la condition plus que modeste de la famille ne lui aura même pas permis de laisser à la famille une photographie, chose qui représentait un luxe à cette époque-là.
Ma mère, assistée de la seule sœur de son mari lui-même unique garçon de ma grand-mère paternelle, m’aura donc élevé en femme seule, non scolarisée, mais de formation morale et chrétienne de très haut niveau. Elle modelait et vendait de la poterie en argile comme  moyen de subsistance.
 Et moi-même, déjà depuis l’âge de 10 ans environ, je parcourais plusieurs fois par semaine  les 7 à 8 km de distance qui nous séparait de ce qui était alors « la ville », avec un fagot sur la tête, pour venir vendre du bois sec à MVOG MBI, ETAM BAFIA, NKOL NDONGO ou ELOBI. Par la suite, j’aurai été, ici et là pendant les vacances scolaires, ouvrier soit dans la fabrication des briques de terre ou des parpaings de ciment, soit  dans les chantiers de construction où j’assistais les maçons tantôt à leur passer des matériaux et du matériel tantôt à malaxer du mortier et du béton. Le moins pénible de ces petits emplois par lesquels je me suis fait, aura été celui de planton à la Chambre de Commerce qui était logée alors dans un bungalow encore en vue en face de l’actuelle boulangerie Acropole.
C’est dire d’où je viens, de quelle condition je suis sorti pour être celui qui est devant vous aujourd’hui, ayant occupé ce que je considère comme de grands postes de responsabilité dans l’appareil de l’Etat, mais accusé aujourd’hui d’avoir commis un crime abominable.

 


Une question m’a été posée il n’y a pas très longtemps de savoir comment j’ai été formé et comment j’ai pu atteindre ces grands postes de responsabilité.


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité,
Je viens de vous donner un aperçu de la modestie de la condition de ma famille qui ne pouvait pas offrir grand-chose au-delà de la pitance et de ma subsistance de base.
En fin de compte c’est ce pays, notre Pays, l’Etat du Cameroun, qui m’a aidé, qui m’a ouvert les chemins et m’a soutenu. C’est essentiellement grâce aux bourses d’études que m’a accordées le Cameroun, que j’ai pu faire les bonnes études qui m’ont amené à ces niveaux.
Dans cet ordre d’idées, je vais relever que le Cameroun Indépendant, mieux que les simples bourses d’études dont j’avais bénéficié jusque là, a fait de moi, en l’année de notre Indépendance en 1960, le tout premier Camerounais tant à être envoyé par le Gouvernement pour des études aux Etats-Unis d’Amérique, qu’à être formé dans un cycle régulier d’études supérieures pour la diplomatie. C’est ainsi que j’ai pu être formé dans de prestigieuses universités américaines, notamment à George Washington et American University. C’est ainsi que je suis devenu diplomate, non seulement de carrière, c’est-a-dire par la force d’un décret d’intégration dans la fonction publique, mais aussi et je le souligne, par formation au métier de la diplomatie. Et j’ajouterai par vocation.
En raison de tout cela, je me suis toujours senti redevable à notre Pays, à l’Etat du Cameroun. Je sens que je lui dois, au-delà du devoir républicain normal pour tout citoyen, une grosse dette de reconnaissance. Et cela a conditionné foncièrement mon attachement au service public et mon engagement à toujours bien faire, à être efficace et performant au service de l’Etat.
A cette question de savoir ce qui m’a amené aux hauts niveaux où j’ai été, je réponds qu’au mieux de ma connaissance, c’est deux choses :
1°) les bonnes études que j’ai pu faire et,
2°) mon travail.
Et certainement aussi la Providence.


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
Je voudrais ajouter qu’un certain nombre de faits et événements ont particulièrement concouru à ma formation pendant que j’étais  aux études.
Permettez que j’en évoque deux ou trois qui, il faut le dire, ont eu un impact considérable sur moi.
Dans le cursus de mes études de diplomatie, les comportements et les actes des diplomates recevaient une grande attention. Dans cet exercice, j’ai été particulièrement frappé par ce qui m’est apparu comme d’éminentes manifestations d’esprit d’apostolat, d’abnégation et de patriotisme de la part de nombre d’Ambassadeurs, d’Envoyés et Emissaires spéciaux (américains surtout) qui sont souvent allés jusqu’à investir de leurs ressources personnelles pour financer leur mission dans le souci d’en obtenir le succès au profit de leur pays.
Toujours en rapport avec ma formation, quelque chose s’est passé à l’ONU, à New York, en 1961, au Palais des Nations Unies où je me suis rendu, en tant que jeune diplomate en formation, pendant la session de l’Assemblée Générale. C’est la session au cours de laquelle s’est décidé le dossier de ce qui était alors le Cameroun sous la tutelle britannique de l’ONU.
Pendant que se débattait la question à la suite du référendum que l’on sait, et que les manœuvres de couloir battaient leur plein, je me trouvais au Salon des Délégués dans ce Palais des Nations. Non loin de moi se déroula une scène des plus insolites en de tels lieux: je vis en effet nombre de membres de la délégation camerounaise s’activer et s’agiter autour de quelqu’un. En fait c’était pour retenir un des leurs visiblement en courroux, en la personne de Monsieur Victor KAMGA, qui était alors notre Ministre des Finances et qui avait été fait membre de la délégation à l’ONU à cette occasion. Monsieur Victor KAMGA avait effectivement retiré sa veste pour, proférait-il, «faire la leçon, casser la figure » à un Ambassadeur d’un pays africain qui battait campagne au profit  du camp opposé au nôtre, et ce parce qu’il a trouvé ce haut Dignitaire en train de « mal parler » du Cameroun.
Imaginez cela dans le Salon des Délégués du Palais de l’ONU, vécu par un jeune diplomate.
Et toujours dans le même contexte, lorsque l’on annonça les résultats du vote qui consacra la perte pour nous du Cameroun anglophone septentrional au profit de notre grand Voisin, le Ministre des Affaires Etrangères de notre Pays, grand ministre s’il en fut, et d’un physique généreux comme on sait qu’il en avait, s’est effondré, en larmes, en sanglots. Et c’est soutenu comme une veuve éplorée conduite au lieu d’inhumation de son mari au village, que le Ministre, Son Excellence OKALA Charles René Guy – puisque c’est de lui qu’il s’agissait – a été «amené » par nos délégués dans la consternation, au sortir du Palais de l’ONU.
Dans un cas comme dans l’autre, le jeune diplomate en formation que j’étais, a vécu et a été particulièrement marqué par ces manifestations émouvantes de l’amour de la patrie, de la défense de la patrie camerounaise, étalés sur la scène internationale et dans le milieu diplomatique.
Un dernier mot à cet égard. Pendant que je poursuivais encore mon cycle d’études et, étant déjà en service à l’ambassade, j’eus la bonne occasion d’être très souvent en contact direct avec les hauts responsables de notre diplomatie et d’en profiter pour ma formation. Ainsi un autre des grands ministres que nous avons eus au Ministère des Affaires Etrangères me fit un jour une leçon que je n’ai jamais oubliée.
Je l’assistais en effet pendant qu’il travaillait dans son appartement d’hôtel à New York. J’eus alors à lui passer un appel téléphonique de notre délégation qui restait suivre les travaux au Palais des Nations. La délégation demandait des instructions à propos d’un vote qui était imminent. Le Ministre répondit volontiers mais je perçus comme un grand agacement dans son expression et il se rendit compte que je voulais bien comprendre. Il me raconta alors qu’il a dû un jour se rendre au Palais à Yaoundé en grande urgence et sans rendez-vous, pour être reçu par le Président de la République. Il a trouvé que celui-ci venait de rentrer dans ses appartements privés, mais il a insisté pour le rencontrer. Il a été introduit et s’est fait recevoir. Il a expliqué au Chef de l’Etat que notre Représentant à l’ONU devait émettre un vote et demandait en urgence la conduite à tenir.
Il me dit  que le Président AHIDJO – c’est de lui qu’il s’agissait – s’est levé et lui a lancé dans une des très rares occasions où il a utilisé une langue qu’il connaissait pourtant bien, d’un ton exaspéré et menaçant : « Bindzi a yegan dze mu ! » Entendez « qu’y a-t-il que Bindzi ne sache de ce que nous faisons ici! » BINDZI Benoît est celui qui appelait de New York… L’entretien avec le Président n’a pas duré longtemps par la suite, me dit le Ministre, Son Excellence Jean Faustin BETAYENE, grand ministre s’il en fut.
Et il me donna en conclusion la morale de l’histoire :
« Ne pas agacer à poser des questions pour lesquelles on est en fait de par sa position, de par les directives antérieures, de par sa qualification et de par son équation, en possession des éléments de réponse pour assumer ses responsabilités , agir  et travailler».


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
Je crois aussi d’intérêt de vous présenter à grands traits, mon cursus professionnel.
Eh bien je suis entré au service de l’Etat du Cameroun le 19 mars 1960 à la Direction de la Coopération et de la Mutualité du Ministère de l’Economie de ce temps-là. Je suis hors du service actif depuis la fin de mon séjour comme Ambassadeur aux Etats-Unis, le 6 novembre 2008.
J’ai donc accompli en activité un total de 48 ans de service public pour l’Etat, pour notre Pays.
En longeant le parcours de ce service dont la quasi-totalité s’est déroulée dans la diplomatie, on constate que je suis monté progressivement d’Attaché d’Ambassade, poste le plus subalterne dans la hiérarchie d’administration diplomatique, jusqu'à devenir Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire comme on dit, poste au sommet de cette administration.
Attaché d’ambassade à Washington en mars 1961, je suis par la suite nommé Premier Secrétaire puis Consul Général chargé, en 1964, de créer notre nouvelle Ambassade au Canada, à l’âge de 26 ans. Par la suite, j’occuperai tour à tour différents postes de responsabilité dans l’administration centrale du Ministère des Affaires Etrangères puis de Conseiller d’Ambassade dans divers pays européens et africains, avant d’être Chef de la Mission Economique du Cameroun à Bruxelles en 1981. En culmination de ce parcours, je suis Ambassadeur en 1984, Chef de Mission Diplomatique d’abord à Dakar où je crée, là aussi, notre nouvelle Ambassade, puis en 1989 à Kinshasa, et enfin, en 1993, revenant ainsi en poste pour la deuxième fois là où j’avais commencé ma carrière diplomatique et où je l’ai conclue, à Washington DC. Là j’aurai servi pendant environ 15 ans, sur un total de près d’un quart de siècle comme Chef de Mission Diplomatique, et j’y aurai été Vice Doyen de tout le Corps Diplomatique.  


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité,
J’ai passé, comme je venais de lire dire, 48 ans de ma vie au service actif de notre Pays, ce pays qui m’a tant donné.
Oui, ayant même choisi de décliner de mirobolantes offres vers d’autres horizons, j’ai passé 47 de ces 48 ans à aller à travers le monde défendre, dire, clamer et témoigner en paroles et en actions, que : oui  le Cameroun, il est beau! Il est grand! Il est bien ! Les Camerounais sont des grands ! Ils sont sérieux, ils sont bien ! Ils sont …ils sont …alignez tous les superlatifs !
Pendant tout ce temps je n’ai eu pour soucis constants, pour seuls soucis, que d’assurer, promouvoir et de défendre l’image, la dignité et l’honneur du Cameroun, notre Pays, et de faire triompher nos intérêts Au mieux de mes capacités et ressources.
J’ai été Ambassadeur ici, Ambassadeur là, et particulièrement pendant près de 15 ans auprès des Etats-Unis d’Amérique,  la plus grande puissance de notre monde. Permettez Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité, que je donne les grands contours de ce que c’est qu’un Ambassadeur comme je l’ai été.

 


Je sais avoir quelque part dit, en réalité parce qu’en quelque sorte j’étais en exaspération, qu’un Chef de Mission Diplomatique, un Ambassadeur n’est ni un factotum, ni un planton, ni un dactylo. Cela a été consigné je pense, dans un des Procès-verbaux d’audition. Ce sont effectivement ces contours que je voulais alors évoquer.

 

Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
Pour un meilleur éclairage, permettez-moi entre autres références qui abondent, d’évoquer ici trois d’entre elles, à savoir :
-    la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques ;
-    le décret N° 87/1198 du 7 septembre 1987 organisant les services extérieurs permanents du Ministère des Relations Extérieures, et
-    le texte des lettres dites « de créances », c’est-a-dire les lettres par lesquelles les Ambassadeurs sont introduits par les Chefs d’Etat qui les mandatent, aux Chefs d’Etat auprès desquels ils sont accrédités, lettres qui consacrent leur qualité et leur confèrent auprès de ceux-ci, toute leur autorité.
En son Article 3, la Convention de Vienne stipule : « Les fonctions d’une Mission Diplomatique consistent notamment à :                                                       
-    a) Représenter l’Etat accréditant auprès de l’Etat accréditaire ;
-    b) Protéger dans l’Etat accréditaire les intérêts de l’Etat accréditant et de ses ressortissants, dans les limites admises par le droit international ;
-    c) Négocier avec le gouvernement de l’Etat accréditaire ;
-    d) S’informer par tous les moyens licites des conditions et de l’évolution des évènements dans l’Etat accréditaire et faire rapport à ce sujet au gouvernement de l’Etat accréditant ;
-    e) Promouvoir des relations amicales et développer les relations économiques, culturelles et scientifiques entre l’Etat accréditant et l’Etat accréditaire. »

Aux termes du décret que ci-haut référencé, les Ambassades font partie des services extérieurs permanents du Ministère des Relations Extérieures. Ce sont des structures de l’Etat et ce qu’on y fait relève du service public.
En son Article 2, alinéa 1, ce décret, reprenant en cela les dispositions des textes antérieurs tel le décret N° 85/129 du 21 janvier 1985, termes subséquemment réaffirmés dans divers autres textes, stipule :
« L’Ambassade est placée sous l’autorité d’un Chef de Mission Diplomatique Représentant personnel du Chef de l’Etat et Dépositaire de l’autorité de l’Etat camerounais dans le pays d’accréditation. »
L’alinéa 2 du même article de ce décret ajoute que:
« Le Chef de Mission Diplomatique représente à la fois le Gouvernement et chacun des Ministres ».
Et c’est à ce titre que l’Ambassadeur agit tant au regard des tiers qu’au sein de la structure administrative qu’est l’ambassade.
Quant aux lettres de créances, dans leur langage consacré universellement, y compris dans celles établies par notre Chef d’Etat à l’adresse de ses Homologues, elles disent notamment en présentant l’Ambassadeur, le Chef de Mission Diplomatique :
« Les qualités personnelles qui le distinguent, son zèle et son dévouement à ma personne me donnent la certitude qu’il saura justifier ma confiance et gagner la vôtre ».
   
Et le texte continue :
« Je vous prie Excellence, d’accueillir mon Ambassadeur avec bienveillance et - c’est moi qui souligne - d’ajouter foi et créance entière à tout ce qu’il vous dira de ma part »…

C’est dire, en synthèse, que l’Ambassadeur est le porteur, certains vont jusqu’à dire « l’incarnation » de l’Etat à l’étranger et, à ce titre, il est le  « champion »  ayant la responsabilité, mieux le devoir, ainsi que l’autorité d’en préserver, promouvoir et protéger les intérêts dans le pays de son accréditation et, dans tous les cas, dans tout environnement où il se trouve.
Y a-t-il plus forte interpellation pour un Ambassadeur ? Y a-t-il plus saisissante expression du code d’honneur, de responsabilité, de dignité qui, pour l’Ambassadeur, exige en toutes circonstances de veiller à la promotion et à la sauvegarde de tout ce qui est « intérêt » pour son pays?
Voilà le code de vie qui a été le mien tout au long de ma vie d’Ambassadeur et que j’ai honoré sans répit; avec lequel je ne me suis permis aucune faille, aucune liberté.                


Comment et sur quoi, concrètement, se traduit et se fait alors ce travail que je viens de présenter par référence à l’article 3 de la Convention de Vienne de 1961 ?  Comment fonctionne, comment opère un Ambassadeur ?


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
Au moment de rejoindre son poste, l’Ambassadeur reçoit directement du Chef de l’Etat lui-même des instructions et directives, plus précises, pointues et contraignantes. Il reçoit aussi des orientations, des indications tout comme  des conseils, plutôt généraux, lâches et sans contrainte en tant que telle pour le travail qu’il aura à faire. Il en reçoit également des Membres du Gouvernement ainsi que des tiers légitimes et habilités pour le faire au nom du Chef de l’Exécutif.
Pendant qu’il exerce ses fonctions, l’Ambassadeur est continuellement et de la même manière nourri, de vive voix comme par tous les moyens de communication en usage.
Sur un autre plan tout acte, toutes prises de position et déclarations du Chef de l’Etat et/ou du Gouvernement, comportent automatiquement une dimension implicite d’instructions, directives, orientations et indications pour le travail à faire pour l’Ambassadeur.
Et l’Ambassadeur, avec la connaissance de son métier et son discernement dans les différentes évolutions et situations, œuvre à répondre aux préoccupations indiquées ou identifiées en cours de route, à poursuivre les objectifs définis et à poursuivre le succès des missions à lui confiées.
Ainsi se construit et s’actualise le tableau de ses missions, dans un mouvement dynamique et continu.
Naturellement, en cas de nécessité avérée et ressentie par l’Ambassadeur que, pour avancer, il manque quelques éléments, informations, ressources ou concours, il les sollicite de la Hiérarchie. Dans la poursuite des objectifs et l’accomplissement de sa mission, tant que « nihil obstat », rien ne s’y oppose, l’Ambassadeur fait ce qu’il a à faire.
En tout cas, l’Ambassadeur a pour mission de défendre les intérêts de son pays, intérêts généraux ou particuliers, permanents ou ponctuels, certains évidents et d’autres moins évidents mais réels et identifiables, certains définis par la Hiérarchie et d’autres identifiés localement par lui-même avec ses services. Il a pour mission, en un comme en mille mots, de défendre et de promouvoir tout intérêt de son pays qui se trouve ou apparaît sur son tableau de bord dans le pays de son accréditation.
Dans cet exercice et dans tous les cas de figure y compris dans les situations où il n’a pas d’instructions, de directives ou même de simples indications spécifiques, il est d’une nécessité qui conditionne la qualité et le succès du travail d’un Ambassadeur, que celui-ci, pour son action, sache toujours « lire » son Gouvernement, c’est à dire avoir une bonne lecture, une lecture judicieuse de la pensée et de la ligne politiques du Chef de l’Etat dont il est le Représentant Personnel.
Et on n’est pas Représentant Personnel de quelqu’un pendant près d’un quart de siècle, sans cette bonne lecture, dans les situations souvent les plus délicates et difficiles, comme je l’ai été de notre Chef de l’Etat, dont personne n’a jamais contesté la richesse de la pensée et de la démarche politiques qui ratissent toujours très large.
Ambassadeur, vous exercez naturellement en usant des moyens et ressources à votre disposition avec discernement et en tout cas en « Bon Père de famille » ! Et c’est tout cela que je me suis attelé à faire en toutes circonstances, y compris et je dirais même surtout, à Washington DC.
Un fait mérite d’être souligné. Ambassadeur à Washington DC, j’opérais donc à dix mille lieues du Cameroun, loin de la base, loin du Cameroun, sans connexion autre que professionnelle avec le pays, sans  intérêt ni partage avec ce qui pouvait ou non se passer dans les esprits ou ailleurs et qui ne pouvait nullement m’intéresser.

Plus spécifiquement, que fait l’Ambassadeur concrètement au plan de la gestion financière de son poste ?

Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
Au plan de la gestion financière, outre le fait qu’il représente le Chef de l’Etat, le Gouvernement et chacun des Ministres, ce qui lui confère le devoir au moins théorique de veiller à la bonne marche de tous les services de l’Etat placés sous son autorité, y compris ceux chargés des finances, (devoir qu’il ne lui est pas toujours laissé la latitude d’exercer vraiment), l’Ambassadeur est gestionnaire des crédits qui lui sont délégués. Chaque crédit comporte normalement un montant et l’objet pour lequel il est délégué. L’Ambassadeur initie, dans la limite dudit crédit, et selon la nature de l’objet de celui-ci, les dépenses dont il apprécie l’opportunité et la moralité et ce dans le cadre de la politique générale à exécuter en vue de la bonne marche de sa Mission, le budget étant l’expression en termes financiers d’une politique et dans ce cas, de la politique qu’il définit et mène pour le succès de ses missions.
L’exécution du budget, l’utilisation des ressources budgétaires traduit la mise en œuvre de cette politique.
En somme l’Ambassadeur est le juge de l’opportunité et l’initiateur des dépenses. Une fois que l’Ambassadeur, jouissant des prérogatives liées à sa qualité, a décidé et engagé une dépense, tout le reste de la procédure dans le paiement, l’exécution des dépenses ainsi engagées relève des services financiers, et plus particulièrement du Percepteur.
C’est dire que généralement l’Ambassadeur ne touche pas à l’argent.
Eh bien ! Sortir de là est une situation d’exception obéissant à des circonstances et exigences exceptionnelles qui auront motivé la décision souveraine de la hiérarchie, du Gouvernement. C’est un acte de gouvernement.
C’est dire que la sortie des canons de l’orthodoxie de gestion financière de l’Ambassade par la remise des fonds à l’Ambassadeur dans le cas de ce crédit de 720millions F CFA a été une décision discrétionnaire et exceptionnelle du Gouvernement dans un contexte qu’il ne faut pas aujourd’hui minimiser et encore moins ignorer.
L’Ambassadeur ne pouvait qu’en prendre acte, s’exécuter et fonctionner en conséquence dans l’esprit des décisions et des actes du Gouvernement se rapportant à cette opération.


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
Oui, j’ai effectivement reçu du Percepteur de l’ambassade, une somme  de US $1.262.289,14 correspondant à 720 millions FCFA, pour, est-il écrit à l’adresse dudit Percepteur, « dépenses à effectuer par l’Ambassadeur sur indication de la Présidence ».
Et quel est le contexte dans lequel ces fonds m’ont été remis ?
Oui, il faut contextualiser la réception et l’utilisation des fonds querellés. Lorsque les fonds me sont remis en février 2004, nous sommes dans un contexte recelant de très sérieuses, sensibles et urgentes préoccupations pour le Cameroun aux plans national et international.
Le travail d’un Ambassadeur n’est pas et ne se fait pas comme celui d’un vendeur à la criée. Je ne saurais donc ici n’être qu’illustratif et non point exhaustif : il faut protéger l’Etat. Tout le monde, le peuple au nom duquel la justice est rendue, le comprennent bien.
En février 2004, nous sommes en train de poursuivre, laborieusement, le point d’achèvement dans notre relation avec le FMI qui, il faut bien le souligner, a son siège à Washington. Sont en observation notre capacité de bonne gouvernance, le respect et la satisfaction des conditionnalités contraignantes de l’ajustement structurel.
Cette période de 2004 à 2006 correspond dès lors à un temps de grande sensibilité et délicatesse dans la relation Cameroun-Bailleurs de fonds, ceux-ci étant les décideurs sur des sujets vitaux pour notre économie  et notre Pays.
Nous pouvons le dire aujourd’hui : nos gestes étaient alors généralement suivis, épiés et scrutés, et plus particulièrement au regard des rumeurs qui circulaient depuis un certain temps, et ce bien avant que l’Ambassadeur MENDOUGA n’ait même été informé qu’il y avait effectivement une affaire d’avion présidentiel en traitement.
Nous étions, murmurait-on, dans une affaire d’acquisition d’avion sans le feu vert des Institutions qui veillaient à ce que notre programme en vue d’atteindre le point d’achèvement, ne fût d’une quelconque manière, entaché de délinquance financière ou administrative.
Alors ce sont les épithètes « d’Etat tricheur », « Etat menteur », « Etat voyou » etc…qu’il nous fallait absolument conjurer. Et il était de rigueur et de constance de veiller à ne faillir ni au plan financier, ni au plan administratif pour qu’il n’y ait nulle part le moindre signe de délinquance. Tout aussi bien, les qualificatifs de « république bananière », « folklorique » et autres semblables étaient de ceux qu’il fallait nécessairement ne pas risquer de mériter.
Par ailleurs, nous sommes au lendemain de l’adoption du Patriot Act, conséquence du 11 septembre de triste mémoire aux USA ; qui résultait en la complexification des relations financières internationales et la nouvelle organisation du suivi des flux et mouvements de fonds.
Sur un autre plan, nous avions gagné déjà la bataille juridique et judiciaire sur BAKASSI. Mais combien de belles décisions sur base du droit sont restées lettres mortes dans les relations internationales ? Ce n’est pas une découverte : avoir raison en droit est loin d’être dans les relations internationales suffisant pour rentrer effectivement dans ses droits. Il fallait encore se battre pour mener à concrétisation notre droit, notre intérêt national, notre intégrité territoriale en jeu à BAKASSI.
C’est donc la période du grand combat pour BAKASSI. C’est effectivement la période d’un rude combat juridique et diplomatique mené dans la gestion judicieuse de ce dossier pour lequel de nombreux observateurs ont estimé que notre Chef d’Etat aurait dû obtenir un grand prix international, un Oscar pour la paix sauvegardée dans la victoire de nos objectifs.
Qui au Cameroun, en ces années 2004, 2005, 2006, ne s’est senti concerné et mobilisé pour le point d’achèvement, pour BAKASSI, etc… ? Ceux-là et bien d’autres grands enjeux tant pour notre développement que pour notre souveraineté, étaient alors invariablement et constamment sur le tableau de bord de l’Ambassadeur du Cameroun à Washington.
Et Washington est le poids lourd par excellence parmi les partenaires qui font les décisions en relations internationales.
C’est dire que la période de 2004 à 2006 y revêtait pour nous une importance stratégique de grande intensité.
Le poids, l’impérium du contexte dans lequel l’Ambassadeur reçoit ces ressources est des plus significatifs, le travail de l’Ambassadeur devenant encore plus exigeant, et plus pointu le besoin pour lui d’avoir une bonne lecture de la situation ainsi que des ressources adéquates pour le bon fonctionnement de la structure administrative d’Etat qu’est notre Ambassade.
Voilà ce que j’ai intensément vécu et qui comportait des exigences de toutes sortes.
Quel était l’objet de ces fonds qui m’ont ainsi été remis?


Monsieur le Président Honorables Membres de la Collégialité !
Rien n’est dit au sujet de l’objet des fonds en question. Absolument rien n’est dit à ce sujet. Et personne ne m’en a rien dit à quelque moment que ce soit. Lorsque j’ai demandé au Percepteur après qu’il m’ait tendu le premier chèque quel en était l’objet, il a fait, en me tendant copie du message fax qui véhiculait les fonds en question, une boutade du genre « c’est vous qui savez là-haut » dans une formule que je reprendrai en quelque sorte dans un message d’information à la Présidence.
J’ai lu ledit message-fax. L’objet du crédit n’y était pas porté. Et le Directeur Général du Budget au Ministère des Finances, Responsable et technicien par excellence en la matière, a confirmé cette vérité.
Mais j’ai bien compris qu’il s’agissait de questions à traiter en tant qu’ « affaires d’Etat » comme on dit, d’un niveau du plus haut degré d’importance dans les préoccupations de l’Etat. Et cela, exprimé comme cela ou autrement, est une façon normale de signifier à un Ambassadeur le niveau d’une affaire dans les activités de l’Etat. Rien d’étrange ni de spécial en cela pour un Ambassadeur.
Et l’Ambassadeur n’aura reçu ni avant, ni après, ni au moment de la réception des fonds en question, aucune instruction, aucune directive, aucune orientation, aucune indication de spécifiques quant à l’utilisation de ces fonds. Aucun témoin n’a dit le contraire de ce fait.
Personne n’a présenté la preuve du contraire de cette vérité.
C’est  dans ce contexte, ayant lu l’acte de mon Gouvernement comme ayant consisté à mettre à ma disposition des ressources pour mon travail, que je pris mes responsabilités d’Ambassadeur, gestionnaire désigné du crédit en question, donc ayant la qualité et l’autorité nécessaires à cette fin, pour gérer les fonds en cause. Il s’est agi, dans la limite de ce crédit de 720 millions F CFA, de juger de l’opportunité et de la moralité des dépenses, de hiérarchiser les charges incombant à l’Etat, et de déterminer lesquelles honorer selon les besoins et impératifs du service, à la poursuite du succès des missions dont j’avais la charge.
C’est dire que j’ai pris les décisions et fait les arbitrages administratifs au mieux de mon appréciation dans la mise en œuvre de la politique que je menais, en vertu des mêmes pouvoirs, pour le succès de mes missions parmi lesquelles il y avait à gérer tout aussi bien l’opération « avion présidentiel » que d’autres préoccupations du poste, étant donné qu’aucun interdit, aucune réserve n’ont été édictés contre quelque type de charge ou de dépense d’Etat que ce fut.
Mais l’accusation estime que logiquement j’aurais dû savoir que l’objet desdits fonds était l’avion présidentiel seulement.


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
Une telle logique nourrit effectivement l’accusation de détournement de deniers publics qui pèse sur moi et me renvoie devant ce Tribunal. Cette logique voudrait que les 720 millions FCFA aient eu pour objet les dépenses sur l’avion, et celles-là seulement. Et comme j’ai affecté une partie de ces fonds pour couvrir des dépenses liées au bon fonctionnement de l’Ambassade, sans avoir pris la « précaution supplémentaire » qui m’aurait rassuré que je pouvais le faire « sans risque », j’ai commis le crime de détournement de deniers publics dont je suis accusé.
Il faut être vraiment obnubilé par l’avion présidentiel pour raisonner comme cela et voir partout l’avion et l’avion seulement.
En tout cas rien, je dis bien rien, ne permettait de dire que l’objet du crédit était l’avion et que dans tous les cas de figure, au-delà des charges liées à cet avion auxquelles je n’ai d’ailleurs pas manqué d’accorder diligente priorité, aucune autre ne devait être payée quelle qu’en fût l’importance et l’urgence du point de vue de celui qui avait la charge et le mandat d’apprécier, de décider, bref de gérer ce crédit.
En fait, si une telle hypothèse avait une quelconque base dans l’un ou l’autre esprit, il aurait fallu pour la détecter ou simplement la subodorer dans ma situation et compte tenu de ce que je reçus effectivement, être un voyant, un devin ou un prophète ou peut-être faire appel, si on y croit, aux KORI d’Afrique de l’Ouest ou à notre bon MVIGUI du village. Je le redis encore : RIEN n’a indiqué l’objet de ce crédit !
Ce que je peux dire c’est qu’en tant qu’Ambassadeur j’ai dû interpréter la situation que je vivais et moi, en l’absence de toute indication spécifique, j’ai compris que j’avais reçu là des ressources pour financer ce que j’avais à accomplir pour l’Etat. Naturellement l’avion était sur mon tableau de bord comme préoccupation de haute et grande actualité et d’appréciable priorité. Mais ce n’était pas la seule ni même la plus importante de mes missions. Le champ est autrement plus vaste lorsque l’on est sans les garde-fous, le « caveat » et les œillères que constitue la précision de l’objet d’un crédit.
Cette logique était et reste pour moi insoutenable non seulement parce que non construite sur tous les faits en présence, mais aussi par ce que fondée sur l’idée  que : « pour le Gouvernement comme  pour le Chef de l’Etat dont j’étais alors le Représentant Personnel, la priorité des priorités en direction de Washington où j’étais en poste c’était l’avion pour les déplacements du Président au point où, faisant fi de toutes autres préoccupations, même avec cet avion hors du tableau par ce que renvoyé à Boeing, toutes ressources à disposition de l’Ambassadeur alors ne pouvaient et ne devaient servir aucune autre mission!
Il faut bien se demander s’il n’y avait pas dans une telle logique en incubation, une inculpation contre l’Ambassadeur du fait d’une trésorerie qu’on dirait « oisive » s’il n’investissait pas les fonds qu’il détenait.
Placé au front de nos combats diplomatiques dans la capitale de la superpuissance du monde reconnue décideur majeur ou en tout cas poids lourd d’influence sur nos grands dossiers, l’Ambassadeur devait-il, pouvait-il penser que son Gouvernement, son Président ne lui envoyait des ressources que pour l’avion présidentiel ? Une telle logique ne m’a même pas un seul instant effleuré l’esprit.
En fait ce n’est pas une logique : c’est une présomption; c’est un prédicat !


L’ordonnance de renvoi m’accuse par ailleurs de m’être comporté avec le « reliquat » du crédit de 720 millions F CFA, en l’investissant à payer les charges de fonctionnement de l’Ambassade à Washington, pour utiliser ses propres termes, « en propriétaire que je n’étais pas et non en détenteur et gestionnaire que j’étais ».

 

Si je comprends bien, le propriétaire est celui à qui appartient une chose dont il a plein droit de jouir et de disposer de façon exclusive (et absolue), sous réserve du respect des lois et règlements.
Le gestionnaire est celui qui administre, qui assure le bon rendement ou le bon usage d’un bien ou dans ce cas-ci, il le fait pour le compte du propriétaire, dans l’intérêt bien compris de celui-ci, pour ses besoins ou suivant sa volonté et selon ses directives bien exprimées. En fait, la grande manifestation de la différence entre les deux s’établit surtout par l’intérêt servi par l’usage qu’il en est fait. L’un et l’autre décident, le gestionnaire par délégation, par la confiance ou le mandat aux contours définis que le propriétaire lui accorde, mais le propriétaire selon sa volonté.
Le fait est que l’Ambassadeur MENDOUGA n’a pas investi les sommes en cause dans son village ou ses plantations, ses avoirs à lui ou dans un quelconque intérêt pour lui-même, pour un des siens ou même pour un tiers autre que l’Etat, c'est-à-dire le propriétaire lui-même. On ne joue pas les propriétaires sans se servir !
Aucun indice que MENDOUGA se soit servi de quelconque manière que ce soit n’a été présenté. Aucune prétention ou accusation dans ce sens n’est apparue.
Par contre, l’Ambassadeur a payé des charges incombant à l’Etat, pour le bien de l’Etat qu’il servait et dont il œuvrait à voir réussir les objectifs. C’est le mandat qui lui a été confié par l’Etat, propriétaire des fonds en cause. Et tout a été pour l’Etat.
L’Ambassadeur a géré comme on dit « en bon père de famille », pour le bien de la famille, pour le bien de l’Etat, en bon haut commis de l’Etat.
Pourquoi ne pas dire aussi qu’en payant les charges liées à l’avion, l’Ambassadeur s’est comporté en propriétaire et non en gestionnaire ?
Pourtant dans l’un et l’autre cas, ce sont des charges incombant au même Etat, payées avec des fonds de la même enveloppe ! Avec la même autorité ! Je ne me suis pas comporté différemment en payant d’un côté les charges de l’Etat liées à l’avion, ou en payant de l’autre côté celles, toujours de l’Etat, liées au bon fonctionnement de sa structure qu’est l’Ambassade.
N’est-on pas fondé à s’étonner à tout le moins que le paiement d’un côté soit sans accroc mais pour le paiement de même nature d’un autre côté : ANATEMA SIT !


L’accusation estime aussi que j’aurais dû m’assurer, comme « précaution supplémentaire », que je pouvais payer les charges de fonctionnement de l’Ambassade « sans risque ».


D’abord il faut percevoir un risque pour prendre des précautions.
Ensuite, quel risque y a-t-il à payer les charges de l’Etat avec l’argent de l’Etat et surtout pour servir cet Etat alors qu’il n’y a ni interdit, ni réserve sur cet argent?
Qu’est ce qui signale qu’il y a un risque ?
Quel est même ce risque ?
Le risque de quoi ?
Risque de commettre un crime ?
Risque de commettre une faute administrative dite « de gestion » ?
Y aurait-il par hasard un risque à ce que l’image, les intérêts de l’Etat soient préservés ? En d’autres termes, le bon fonctionnement de l’Ambassade constituerait-il un danger pour l’Etat ?
De quel risque s’agit-il ?
De quel risque pourrait-il être question ? 
Je note au demeurant que l’ordonnance parle de « précaution supplémentaire ». Ce qui est supplémentaire vient en supplément, c’est-à-dire ça vient s’ajouter à quelque chose qui existe pour simplement l’accompagner.
Donc le fait est reconnu qu’il y avait déjà assurance de base qu’il n’y avait pas de risque, et qu’il se serait agi d’une espèce de simple conseil de prudence. Je dirais un conseil de SURPRUDENCE, d’EXTRAPRUDENCE, d’EXCES DE PRUDENCE par rapport à une action à faire et qui ne viendrait en plus que pour obtenir quelque chose qui n’était pas compris dans le prix initial. Je paraphrase le Petit Larousse Illustré de l’année 2011.
Il y a difficilement meilleur conseil pour aboutir à l’immobilisme, au ponce-pilatisme, à l’inertie, que le Chef de l’Etat décriait encore, au mois de décembre dernier, lors de son message pour la Nouvelle Année 2012, et bref à la compromission par l’inaction, des intérêts et des missions de l’Etat.
Eh bien, l’Ambassadeur est bel et bien le gestionnaire désigné, incontesté et incontestable de ce crédit. Son autorité à cet égard, nécessaire et tout aussi suffisante, l’exercice de la libre appréciation ne souffraient  d’aucun déficit, et n’avaient besoin d’aucun renfort, d’aucun supplément. Il n’y avait besoin de prendre dans ce contexte ni précaution, ni encore moins précaution supplémentaire.
Au fait, laissez-moi faire état d’une interrogation ici : quel est ce Général ou Colonel d’armée qu’on envoie au front dans une bataille, à qui on fait parvenir du matériel militaire et des munitions, et à qui, sans autre directive, on dit de ne surtout pas les utiliser contre l’une ou l’autre colonne ou compagnie ou force identifiées comme devant être prises à bras le corps pour contribuer grandement à la victoire?
Et le fonctionnement, le bon fonctionnement du poste n’était pas, dans la recherche de la victoire, du succès de mes missions de l’heure, une considération mineure ou un front négligeable. LOIN DE LA !
Le succès des missions, comme c’est le cas plus souvent qu’on ne le dit, est conditionné par un ensemble de considérations et de critères codifiés et/ou énoncés pour certains, non dits pour d’autres, et en tout cas par des exigences corollaires et professionnellement identifiables et par la convergence de divers éléments et actions. Il faut œuvrer à satisfaire toutes les conditions et exigences qui concourent au résultat escompté.
Voilà pourquoi la couverture des charges de fonctionnement était de très grande importance sur le tableau des préoccupations, ayant cours dans le contexte déjà indiqué et dans cette Ambassade où face aux impératifs du service, je n’ai point hésité à me sacrifier devant l’insuffisance des crédits ordinaires, à sacrifier ma famille et à payer par mes modestes deniers propres, de telles charges et ce bien longtemps avant la réception des 720 millions F CFA et bien longtemps aussi après leur épuisement.
Témoignage a été amplement rendu à ce sujet. Et assurément, personne ne s’en est plaint.
Au contraire ces actes étaient considérés à la fois :
-    opportuns,
-    louables,
-    moraux,
-    légaux,
-    et patriotiques.
Et je ne suis pas renvoyé devant votre Tribunal pour cela !
Peut-être faut-il le redire : à Washington, en Amérique, l’IMAGE est tout. L’image détermine le sérieux et le respect qu’on vous accorde. La promotion et la protection de cette image, de la bonne image sont une mission régalienne exigeante et permanente pour l’Ambassadeur. Les Etats-Unis d’Amérique sont le pays du « credit report », du « credit history », de la notation. C’est le pays où l’on évalue la signature, le crédit ou plutôt la crédibilité, la côte comme l’incontournable déterminant de tout ce qu’on veut négocier ou obtenir de tout interlocuteur. C’est un trait je dirais civilisationnel de l’Amérique.
Quelle image notre ambassade projette-t-elle de nous de par son fonctionnement ? Le Cameroun apparait-il comme une république bananière ? De folklore ? Sans crédibilité parce qu’en délinquance administrative ou financière par ci ou par là ? Autant de préoccupations dans la poursuite de nos objectifs et la promotion et la défense de nos intérêts.
A Washington, tout se sait, tout se répand, tout s’interprète, tout s’analyse, tout rentre dans la fiche, tout affecte l’image et la capacité de négocier. C’est le paradis des agences de notation, et aussi des agences de recouvrement. C’est le paradis des agences de relations publiques, des « lobbies » dont on parle tant.
Et les Etats, leurs Ambassadeurs et leurs diplomates n’y échappent guère. Le Cameroun naturellement aussi.
L’histoire contemporaine vient de nous faire vivre le coup de tonnerre de la baisse de la notation de certaines institutions bancaires et de certains Gouvernements, même celui des Etats-Unis d’Amérique et d’autres encore.
L’Ambassade à Washington est la porte d’entrée de l’Amérique au Cameroun, la vitrine, l’échantillon, la jauge, bref la préfiguration du Cameroun en terre américaine. C’est l’indice, le signe de notre sérieux, et de la qualité de notre gouvernance. C’est une composante de la bonne gouvernance qui est l’une des conditionnalités de nombre de nos objectifs. Le fonctionnement de notre Ambassade en est un témoin, un « show-piece », un échantillon.
Aux Etats-Unis plus que partout ailleurs, dites quelle image vous avez et vous saurez à quel point vous pouvez réussir dans vos entreprises, dans vos objectifs. Les « lobby » (lobbies) y foisonnent pour cette raison. On parle beaucoup de nos jours et on vit les conséquences de ce peuvent provoquer les dires et pronunciamientos des faiseurs d’opinion comme les agences de notation. Celles-ci enregistrent et fichent tout, y compris la qualité de la gouvernance et du fonctionnement des services…
On n’était pas toujours conscient hier de cette réalité des éléments qui entraient de façon déterminante dans les jugements portés sur nous. On ne le réalise peut-être pas encore assez.
Mais l’Ambassadeur, dans son métier, ne peut pas, ne doit pas s’il veut les résultats pour son pays, s’il veut atteindre le succès de ses missions, perdre cela de vue. A aucun moment !!!
Le bon fonctionnement de l’Ambassade, si je peux emprunter un mot à la théologie, est « CONSUBSTANTIEL », c’est-à-dire de même substance que le succès des actions de celle-ci dans la poursuite de ses missions. De par la connaissance du métier et par simple constat de  l’expérience, il est constant et notoire que le succès, l’aboutissement d’un objectif poursuivi, d’une mission donnée, sont le résultat d’un ensemble d’actions convergentes et d’un faisceau d’éléments se conjuguant et se complétant à cette fin : le bon fonctionnement de l’Ambassade, vitrine du pays, tête chercheuse et interlocutrice placée au front des combats dans la zone de sa juridiction, n’est pas sur ce tableau-là, un élément mineur ou négligeable. Et surtout aux Etats-Unis.


Monsieur le Président, Honorables Membres de la Collégialité !
Voilà quelques éléments soumis à votre appréciation de cette accusation lancée contre moi. Et je m’interroge : qu’y a-t-il alors qui soit contraire aux intérêts de l’Etat propriétaire des fonds querellés ou antinomique du service public ? Qu’y a-t-il :
-    d’inopportun,
-    d’irrégulier,
-    d’immoral,
-    d’illégal,
-    de criminel,
dans le fait que des fonds de l’Etat, à disposition sans interdit ni réserve, soient utilisés pour payer les charges incombant à cet Etat et ce par l’Ambassadeur, dans la libre appréciation de gestionnaire qui lui revenait, en tant qu’Autorité dûment habilitée, dûment mandatée pour le faire !

Mais que n’a-t-on entendu ? Que n’a-t-on vu ? Que n’a-t-on vécu ?
On a vu et entendu des grandes Autorités de la République s’investir à rouler dans la farine et le peuple camerounais et son Chef, en mettant quiconque au défi de prouver que l’Ambassadeur MENDOUGA, puisqu’il est dans le collectif stigmatisé des personnalités alors prises dans les griffes de l’opération « Epervier », est innocent. On faisait ainsi croire que notre droit se fonde sur la « présomption de culpabilité » pour les inculpés, et non comme vous le savez, sur la « présomption d’innocence ».
On a vu et entendu les mêmes Autorités pérorer et clamer que l’Ambassadeur MENDOUGA, faisant partie du même collectif des interpellés, et de ceux qui ont détourné des milliards qu’on ne retrouve pas simplement parce qu’il a su bien les « planquer ».
On a vu et entendu des trompettistes et thuriféraires de la démolition, de la destruction des victimes, de la « character assassination » comme disent les anglo-saxons, se charger de casser l’auréole de cet Ambassadeur MENDOUGA « voleur » en le jetant en pâture à l’opinion par cette belle expression de dénigrement entre autres : « Un patriarche ne vole pas ! »
On a même vu la police, la police judiciaire, dans sa lettre du 4 août 2008 transmettant le dossier à la justice, et portant en objet : « détournement de deniers publics en co-action et complicité », lettre qui se trouve dans votre dossier, déclarer que le « suspect » MENDOUGA était « en fuite », accréditant ainsi un grossier mensonge, une imposture, une forfaiture qui ajoutaient l’insulte à la blessure, puisque pendant ce temps, l’Ambassadeur MENDOUGA officiait normalement comme Représentant Personnel du Chef de l’Etat à Washington où il était reçu comme d’accoutumée à la Maison Blanche, au Département d’Etat, dans les agences gouvernementales et organisations diverses, dans les milieux d’affaires et autres, dans d’autres Ambassades et j’en passe. C’est l’Ambassadeur qui recevait officiellement à la Résidence officielle, comme le 18 août à titre d’illustration quelques 500 convives, tous personnalités officielles et civiles du Washington qui compte !  
D’ailleurs, pendant ce temps, je communiquais quasi quotidiennement avec les services de la Présidence de la République, du Ministère des Relations Extérieures, du Ministère des Finances et d’autres encore. Et même, il se trouvait comme assis dans ma culotte parce que membre du personnel de l’Ambassade avec qui je travaillais quotidiennement, non moins qu’un Commissaire Divisionnaire relevant de la Délégation Générale à la Sureté Nationale (DGSN) et correspondant attitré de la Direction Générale pour les Renseignements Extérieurs (DGRE).
Drôle de façon d’être en fuite, de se cacher, pour quelqu’un qui a accumulé mon peu d’expérience et de connaissances des relations internationales, de leurs réalités et de leurs mécanismes.
En tout cas, la représentation d’un Etat auprès d’un autre, d’un Chef de l’Etat auprès d’un Homologue, est une chose beaucoup trop importante et sérieuse, pour qu’on la jette ainsi, par de basses manœuvres de ce genre, à la désacralisation.
Et cette imposture a fait l’objet de fuite, organisées ou non, mais ayant servi au monde entier le grand SCOOP abondamment diffusé de l’Ambassadeur MENDOUGA en fuite. Le scoop était accompagné de manœuvres d’exhortation à obtenir que je ne revienne jamais au Cameroun où on disait alors le pire programmé pour moi. A croire que d’aucuns souhaitaient ne pas me voir jamais revenir au Cameroun pour accréditer la thèse de quelqu’un qui se sentait coupable de je ne sais trop quoi.
En tout cas, je suis revenu au Cameroun normalement, en annonçant le jour et le vol d’avion de mon arrivée comme il est de tradition en fin de mission pour un Ambassadeur, par messages fax et autres moyens de communication. 
Et l’interrogation est là : qu’y a-t-il de contraire aux intérêts de l’Etat ? Qu’y a-t-il :
- d’inopportun,
- d’irrégulier,
- d’immoral,
- d’illégal,
- de criminel,
dans le fait que des fonds de l’Etat, à disposition sans interdit ni réserve, soient utilisés pour payer les charges incombant à cet Etat et ce par l’Ambassadeur, dans la libre appréciation de gestionnaire qui lui revenait, en tant qu’Autorité dûment habilitée, dûment mandatée pour le faire ?
Et moi, qu’ai-je vécu alors ?
- des frères, des « amis » qui renient, qui flétrissent et vilipendent cet Ambassadeur MENDOUGA devenu un paria pour eux !
- des envieux qui se réjouissent (ça c’est plutôt normal)
- des vrais criminels détourneurs officiellement dénoncés qui se livrent à une véritable foire aux cancrelats sur cet Ambassadeur MENDOUGA dont, pour eux, la rigueur et la rectitude morales sont un épouvantail, et la liberté un véritable cauchemar parce que redoutant son éventuel témoignage.
- des amis d’une liaison ayant couru des dizaines d’années, s

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