Affaire Atangana Mebara: Des gendarmes en armes lourdes contre une dédicace

Publié le par Bobby

Un dispositif militaire impressionnant a été mis en place au Palais de justice pour empêcher le contact entre l’auteur des « Lettres d’ailleurs » et ses lecteurs.

 

Par Christophe Bobiokono

 

Une fin d’audience difficile pour les âmes sensibles. Le collège des juges vient de se retirer de la salle après la suspension des débats lorsque Jean-Marie Atangana Mebara, après quelques civilités d’usage, se met à écrire quelques mots dans un livre de couleur jaune. Probablement une dédicace. Le chef d’escorte du détachement de la gendarmerie, un lieutenant au regard sévère, s’avance et se tient derrière l’ancien ministre d’Etat. Ce dernier, qui a achevé d’écrire, prend le chemin de la sortie. Une foule immense l’attend comme toujours de l’autre côté de la balustrade qui sépare les bancs réservés au public de l’espace où se meuvent les acteurs du procès. M. Atangana Mebara tend, en direction de quelqu’un, muni de quelques papiers, l’ouvrage sur lequel il vient d’écrire. Ce dernier n’aura pas la possibilité de le prendre. D’un geste à la fois soudain et violent, le lieutenant arrache l’ouvrage et le fourre dans son blouson. Des gendarmes en cagoule, se servant de leurs armes lourdes, doigt sur la gâchette, se mettent à intimider le public pour l’éloigner, pendant que Jean-Marie Atangana Mebara est conduit dans le car chargé de le ramener à la prison. Certains de ses proches éclatent en sanglots… Ils n’auront même pas droit à l’accolade de la fin.
Le mardi 4 janvier 2012, avant-dernière audience de l’affaire Atangana Mebara, le scénario du départ et de l’arrivée de l’ancien secrétaire général de la présidence de la République au Palais de Justice avait quelque chose de théâtral. Peu avant midi, une vingtaine d’éléments de la gendarmerie avaient pris position autour du bâtiment abritant la salle d’audience, surtout au niveau des voies d’accès. Jérôme Mendouga et Hubert Otélé Essomba, les co-accusés de Jean-Marie Atangana Mebara, étaient arrivés de façon plutôt ordinaire et s’adonnaient à quelques civilités dans la salle, sous le contrôle discret des gardes prisonniers. Mais l’arrivée de l’ancien ministre d’Etat va tout de suite changer l’ambiance en ces lieux. Chose nouvelle, le car qui le transporte est rempli a moitié de gendarmes cagoulés. Certains de ces derniers, à peine le car immobilisé, sortent les premiers et se positionnent comme pour faire échec à l’évasion annoncée d’un tueur de sang froid. Assis dans le véhicule, M. Atangana Mebara attend. Des curieux, tenus à bonne distance par le dispositif des gendarmes, attendent aussi.
Gendarmes en cagoule
Le chef d’escorte remonte dans le car et s’adresse à l’ancien ministre d’Etat. Ils échangent quelques paroles et Jean-Marie Atangana Mebara se lève enfin pour aller dans la salle d’audience. Il passe quasiment en revue quelques gendarmes positionnés tout au long de son trajet avant de se retrouver à l’intérieur. Les gendarmes en cagoule se placent sur les accès de la salle pendant que le ministre d’Etat, suivi à deux ou trois mètres par le chef d’escorte, salue les siens. En attendant la reprise de son procès, il prend place comme d’habitude à la première rangée des sièges réservés au public, à côté de M. Tongo Onguéné, l’ancien Dg de l’Autorité aéronautique dont le procès, pour détournement des deniers publics, est également programmé dans la même salle. « Vous avez droit à des égards spéciaux… », lance l’auteur de ces lignes en direction du prisonnier. « Vous pensez que je ne les mérite pas ? », dit-il avec humour et sourire. On apprendra plus tard que face au décor spécial planté au Palais de justice, l’ancien ministre d’Etat a envisagé de ne pas prendre part à l’audience avant de se raviser.
Qu’est-ce qui justifie ce décor spécial qui impressionne les habitués des procès de l’opération épervier en ce 4 janvier 2012 ? Personne ne le dit, mais le geste brutal du chef d’escorte permet d’avoir la réponse. L’ancien ministre d’Etat est l’auteur d’un livre paru il y a quelques semaines chez L’Harmattan, sous le titre « Lettres d’ailleurs », avec en sous-titre : « Dévoilements préliminaires d’une prise de l’épervier du Cameroun ». Une publication qui permet d’avoir quelques clés de compréhension des poursuites dont il est l’objet. La cérémonie de présentation de l’ouvrage au public a eu lieu le 26 janvier en présence du Cardinal Christian Tumi, préfacier de l’ouvrage. Au cours de celle-ci, il avait été annoncé à ceux qui souhaitent avoir une dédicace de l’auteur qu’ils pourraient le rencontrer au Palais de justice à l’occasion des audiences publiques consacrées à son procès. Le pouvoir, manifestement, a décidé d’interdire tout contact entre l’auteur et ses lecteurs. Avec des gendarmes lourdement armés et cagoulés.
C.B.

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